L'eau en Israël - Partie 1

Publié le par Cédric FRUHINSHOLZ

 

Chaque année, Israël doit faire face au problème de l’eau, et cette année plus que n’importe quelle autre depuis 80 ans. Le lac de Tibériade a atteint son « seuil de sécheresse » à tel point qu’il pourrait ne plus y a voir d’eau dans les robinets d’ici la fin de l’été.

Comme vous pouvez le constater, plus les années passent, plus cela devient inquiétant, voire critique. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons : le climat aride, l’insuffisance des précipitations dans la région, la mauvaise répartition géographique, la hausse de la population et des zones urbaines ainsi que de la qualité de vie des ménages, la dégradation de la qualité de l’eau…

 

Le climat en Israël est de type méditerranéen semi-aride, ce qui veut dire que les étés sont relativement longs et secs. Plus on se dirige vers le Sud et plus le climat devient désertique, avec la présence des déserts de Judée et du Sinaï. Les précipitations sont donc peu nombreuses et principalement regroupées dans la partie Nord du pays. C’est d’ailleurs là que se trouve 80% des ressources naturelles d’Israël en eau.

Malheureusement il y a un problème de répartition de ces ressources. En effet, deux tiers des besoins industriels et urbains sont concentrés dans la partie centrale du pays, et deux tiers des besoins agricoles le sont dans le Sud. Il existe pour cela un réseau national, la « Conduite Nationale d’Eau », achevée en 1967, qui groupe la majeure partie des ressources et les redistribue dans tout le pays via des canalisations géantes, des aqueducs, des tunnels, des réservoirs, des barrages et stations de pompage…

 

Le gros problème reste quand même la quantité d’eau. Israël dispose d’1,7 milliard de mètre cube d’eau par an. Proportionnellement, la France en dispose de 5,5 milliard.

Comme tout le monde le sait, la chaleur est l’ennemi de l’eau, et c’est en effet l’évaporation qui cause le plus de soucis. Il est estimé par les spécialistes que ce seul phénomène naturel cause la perte d’environ 60% de l’eau du territoire ! Prenons la Mer Morte, l’équivalent de ce qu’elle reçoit du Jourdain part « en fumée » à cause de la chaleur, et en 20 ans, sa longueur du Nord au Sud est passée de 75 à 55 km. Et il y a en Israël de nombreux bassins à ciel ouvert (réservoirs, fermes aquacoles et bassins de traitement des eaux usées…), tous subissent ce même procédé d’évaporation.

 

Cela, ajouté au manque de pluie, influe énormément sur les sources naturelles d’eau en surface et sous-terraines. Car les nappes phréatiques ont aussi leur limite et on ne peut pas y puiser indéfiniment. Plus elles se vident, plus la qualité de l’eau régresse à cause de l’augmentation du taux de salinité (intrusion d’eau de mer dans les nappes, infiltration de minéraux dissous dans l’eau d’irrigation…)

 

Il y donc d’un côté un problème de pénurie d’eau et de l’autre, de qualité de l’eau. Deux phénomènes sont mis en cause : l’augmentation du taux de sel et la concentration en nitrates causée par l’importance du développement agricole (engrais, pesticides…). Aujourd’hui, 70% des eaux usagées produites en Israël sont traîtés et sont redistribués principalement pour les cultures non-alimentaires, ce qui offre un avantage à la fois agricole, environnemental et économique. Israël a d’ailleurs été le premier pays à recycle l’eau, tellement cette ressource est précieuse, et il est également l’un des plus compétents dans le domaine du dessalement.

Mais cela a un coût et il est très élevé. Il inclut le prix des nombreux traitements en usine qui nécessite une très importante quantité d’énergie électrique ainsi que le prix de la « Recherche et Développement » faite pour améliorer les performances actuelles. Les idées et projets d’amélioration sont nombreux, tous ne sont pas efficaces et d’autres impossibles à réaliser sur place ou à grande échelle, mais ça avance, et peu à peu de nouvelles portes s’ouvrent qui permettent finalement d’augmenter les ressources en eau du pays.

 

Le plus gros volume d’eau est utilisé pour l’agriculture, à cause du climat. Et cela a amené à l’une des plus grandes innovations agro-technologiques actuelles qui est l’irrigation au goutte-à-goutte. C’est un système que l’on retrouve maintenant dans le monde entier, qui permet d’arroser à la racine même de la plante et ainsi à la fois, d’avoir une meilleure gestion de l’arrosage et d’éviter des pertes par l’évaporation. Grâce à cela, 95% de la quantité d’eau fournie est absorbée par la plante, ce qui est très satisfaisant (45% pour l’irrigation en surface, 75% par aspersion). Cette méthode est appelée en hébreu « tif-touf », et c’est cela qui a permis à Israël de faire reverdir le désert ! On peut voir cela comme un pied-de-nez d’Israël au monde, car alors qu’il avait cantonné les Juifs dans les professions libérales (rappelons-nous que les Juifs en diaspora n’avaient pas le droit d’être propriétaires terriens), les Israéliens sont devenus des spécialistes de l’agriculture, à tel point que ce sont eux qui viennent apporter leur aide aux pays semi-arides et désertiques afin d’y développer ces techniques. Les pays développés en profitent également beaucoup et cela représente pour Israël un revenu par l’exportation de plusieurs centaines de millions de dollars par an.

 

Pour en revenir à l’irrigation des cultures, il est important d’ajouter qu’Israël est l’un des seuls pays à utiliser de l’eau salée pour faire pousser les plantes. D’aucuns diront que cette découverte a été accidentelle, mais je dirais plutôt qu’elle fut providentielle. Cela peut sembler fou, mais grâce à cela, aujourd’hui, des vignes, des vergers, des cultures de légumes et plus encore sont irrigués avec de l’eau salée que l’on trouve notamment dans les nappes souterraines du désert du Néguev. C’est dans ces petites choses que l’on peut voir la main de Dieu sur cette terre.

 

Enfin, on ne peut pas ne pas parler du KKL et du miracle qu’ils ont réussi à accomplir. Le pays qui en 1948 était un désert est maintenant couvert de forêts. Ils sont plantés un par un, souvent offerts par les gens du monde entier désireux de participer à ce miracle. De 1517 à 1917, lorsque l’Empire Ottoman régnait sur toute la région, les propriétés étaient alors taxées sur le nombre d’arbre. Au final, les arbres se comptaient bien sûr et logiquement sur les doigts de la main, jusqu’à ce le KKL (créé en 1901) décide d’améliorer la qualité de vie en Israël et de travailler à la lutte contre la désertification, parmi beaucoup d’autres projets. Grâce à ces nombreuses et grandes forêts maintenant présentes sur le territoire, il apparaît même que le climat est en train de changer.

 

Alors ce n’est qu’un bref résumé de la situation concernant l’eau en Israël, on pourrait encore en ajouter (technique du « rain off »…), mais on peut déjà avoir un aperçu du combat que cela représente. C’est une menace supplémentaire à laquelle Israël fait face, et même si l’on peut toujours améliorer les choses et en découvrir d’autres, on ne peut pas en créer. L’eau vient littéralement d’en haut, et c’est là qu’on trouvera une solution qui marche, sur du long terme, et sans faillir. C’est ce dont je parlerai la prochaine fois, alors préparez vos Bibles !

Publié dans Israël en détail

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